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LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE
LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE


Mais il n’a pas encore ouvert la bouche pour parler, celui qui est capable de trancher les questions tant débattues d’aujourd’hui. Nous aimons l’éloquence pour l’éloquence et non pour la vérité qu’elle peut énoncer ou l’héroïsme qu’elle peut inspirer. Il reste à nos législateurs de saisir la valeur comparée du libre-échange et de la liberté, de l’Union et de la rectitude, au sein d’une nation. Ils n’ont pas de génie ou de talent, même sur des points relativement modestes d’impôts et de finance, de commerce, d’industrie et d’agriculture. Si pour nous guider, nous n’avions pour toute ressource que l’ingéniosité verbeuse des législateurs du Congrès, sans le correctif de l’expérience bien venue et des doléances efficaces du peuple, l’Amérique ne garderait pas longtemps son rang parmi les nations. Il y a 1800 ans - je n’ai peut-être pas le droit de le dire - que le Nouveau Testament a été écrit ; pourtant, où est le législateur doué d’assez de sagesse et de réalisme pour profiter de la lumière que cet enseignement jette sur la Législation?

L’autorité du gouvernement, même de celui auquel je veux bien me soumettre - car j’obéirai de bon coeur à ceux qui ont des connaissances et des capacités supérieures aux miennes et, sur bien des points, même à ceux qui n’ont ni ces connaissances ni ces capacités - cette autorité est toujours impure. En toute justice, elle doit recevoir la sanction et l’assentiment des gouvernés. Elle ne peut avoir sur ma personne et sur mes biens d’autre vrai droit que celui que je lui concède. L’évolution de la monarchie absolue à la monarchie parlementaire, et de la monarchie parlementaire à la démocratie, montre une évolution vers un respect véritable de l’individu.

Le philosophe chinois lui-même avait assez de sagesse pour considérer l’individu comme la base de l’Empire. La démocratie telle que nous la connaissons est-elle l’aboutissement ultime du gouvernement? Ne peut-on franchir une nouvelle étape vers la reconnaissance et l’établissement des droits de l’homme? Jamais il n’y aura d’État vraiment libre et éclairé, tant que l’État n’en viendra pas à reconnaître à l’individu un pouvoir supérieur et indépendant d’où découlerait tout le pouvoir et l’autorité d’un gouvernement prêt à traiter l’individu en conséquence. Je me plais à imaginer un État enfin, qui se permettrait d’être juste pour tous et de traiter l’individu avec respect, en voisin ; qui même ne trouverait pas incompatible avec son repos que quelques-uns choisissent de vivre en marge, sans se mêler des affaires du gouvernement ni se laisser étreindre par lui, du moment qu’ils rempliraient tous les devoirs envers les voisins et leurs semblables. Un État, qui porterait ce genre de fruit et accepterait qu’il tombât sitôt mûr, ouvrirait la voie à un État encore plus parfait, plus splendide, que j’ai imaginé certes, mais encore vu nulle part.

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