L'orthographe
du français telle que nous la connaissons ne s'est pas faite en un
jour, et on peut dire qu'elle oscille depuis ses débuts entre deux
tendances: phonographique vs sémiographîque. Le principe phonographique
veut que l'on découpe la chaîne parlée en unités minimales de son (les
phonèmes) pour les coder par un graphème (une lettre, voire deux ou
trois. Exemple: /o/ peut être transcrit par O, AU ou EAU). Le principe
sémiographique veut en revanche que l'on représente avant tout le signe
d'un mot et non pas la suite des phonèmes qui le constitue. Les lettres
étymologiques et, de manière générale, toutes les «lettres muettes» de
l'orthographe grammaticale répondent à ce principe.
|
 |
très
« latino-graphe ») si l'on veut élargir l'accès à l'écrit de
la population. Comme le dit un réformateur normand, Robert Poisson,
auteur d'un Alfabet nouveau de la vrée et pure ortographe en
1609 : il faut concevoir une orthographe pour la grande part des
Fransois, qui ne savent mot de Latin, ni cognoissent lettre
qelqonqe : comme marchans, & artizans parlans bien &
correctement, & entendans bien se q'is dizent ».
On remarquera en passant que Poison met en pratique sa théorie puisque
« se q'is disent » renvoie à la forme usuelle du français
d'aujourd'hui « ce qu'i(ls) disent » et que cette
graphie vieille de 400 ans est une trace de l'ancienneté de cette
prononciation, qui n'est donc pas une détérioration actuelle de la
langue mais le résultat de Révolution phonétique régulière du latin au
français
2. Le principe sémiographique
Le courant sémiographique regroupe quant à lui plutôt des défenseurs de
la tradition qui craigneni déjà pour la pérennité de l'orthographe et
assurent que les personnes lettrées auront à cœur de n'entrer en
matière sur aucun changement. Comme le grammairien Anthoine Oudin,
secrétaire interprète de Louis XIII, qui publie en 1632 une Grammaire
françoise avec un « Aduis touchant l'orthographe » :
« Ie m'estonne de quelques modernes, qui sans aucune consideration
se sont meslez de reformer, mais plustost de renuerser nostre
orthographe (...). Ne vous arrestez, donc pas aux nouuelles
escritures : car ie vous asseure que les plus renommez du temps
n'ont point d'autre opinion que celle que ie vous mets icy. » (2)
3. Le poids du principe phonographique
Avec le recul historique, on peut dire cependant que le principe
phonographique a tendance à s'imposer, et qu'il culmine dans les écrits
conversationnels contemporains produits par les nouvelles technologies
(SMS et tchats en particulier). Deux exemples anciens à l'appui de
cette thèse.
|