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Mauvaises fréquentations - 11

et qui réussissent à les battre en brèche. Avec cette saga romanesque Arnaud poursuit la tradition des feuilletonistes de la fin du XIXème et du début du XXème siècle comme Paul Féval ou Michel Zévaco (journaliste anarchiste et écrivain). Le héros de Zévaco est un vrai anarchiste, il est contre tout. C'était l'époque des Pieds Nickelés, idéologiquement ils sont épatants, avec une joie de vivre.

Des relations de la plus-value, de la force de travail et de la valeur d'usage (1982) in Lard-Frit n° 5, 1982

Moi j'ai des histoires qui sont rigolotes comme ça, au fond. Luc de mes nouvelles « Doux froid bel amour », qui sera peut-être éditée par les Éditions libertaires, met en scène un flic qui est un anti-héros, content de lui, fier, il est là pour faire le bien et il n'arrête pas de faire des conneries, il veut faire son devoir, c'est le vrai scout, naïf, pris dans toutes sortes d'intrigues il ne voit rien.

Je trouve le titre d'une de tes nouvelles un peu situationniste « des structures de la parenté dans l'amélioration de la sécurité routière » ?

En fait il s'agissait de l'histoire d'un sous-préfet en train de sodomiser la femme d'un automobiliste. C'était paru dans « Les lolos de Vénus » une anthologie chez Kesseiring. C'était vraiment pour rigoler, c'était de la provoc, mais c'était voulu par l'anthologiste, Bernard Blanc qui avait dit « foutez-nous du cul et plein la gueule ».

J'ai trouvé pas mal d'infos intéressantes sur un portail qui s'appelle NooSFere, dédié à la SF française : on y trouve une bibliographie complète avec toutes les revues dans lesquelles ont été publiées tes nouvelles. J'ai pas mal publié dans Phénix, dans SF et quotidien, dans Fiction. Depuis ma première nouvelle publiée qui s'appelle « Vengeance de Cloriane », je n'ai jamais changé. Je n'ai pas suivi la mode, la mode est venue à moi. Et même dans mon écriture il y a des recherches d'écriture pure : ce que j'essaye de représenter quand j'écris, ce n'est pas ce qu'est réputé penser le personnage, j'essaye de rendre des états de conscience. J'ai l'intention au maximum de fournir des états de conscience qui forment un récit. Il n'y a pas besoin de dire « il était une fois », c'est des conventions, on peut en inventer d'autres. C'est très proche des séries TV mais elles sont traitées à la manière traditionnelle. Ce que j'essaye de faire en fait, c'est ce qu'ont fait les auteurs qui me plaisent, Proust, Faulkner. Quand on commence à lire Soundandfury de Faulkner on lit trente pages et on se dit « ah il y a un exposé préliminaire, puis je vais découvrir l'histoire », et puis au milieu on se le dit toujours et à la fin on se le dit encore. Quand on a fini le bouquin et qu'on a vu qu'il n'y avait rien de raconté, on s'aperçoit que tout était fourni et qu'on l'a absorbé osmotiquement.

A l'époque il y avait une volonté chez les auteurs de SF de soigner récriture et on a suivi toute révolution littéraire : on était néo-romanesque aussi. C'était pas qu'on voulait faire du nouveau roman, c'est qu'on l'avait absorbé.

La Sf des années soixante dix nous décrivait ce vers quoi il ne fallait pas aller, mais aujourd'hui on a malheureusement l'impression d'y être arrivés. Y a-t-il encore la place pour une écriture de ce vers quoi il ne faut pas aller ?

Ça, c'est ce qu'on dit tout le temps, mais on peut toujours trouver pire. C'est sombre comme perspective, mais on a pu dire que dans mes histoires il était toujours trop tard !

Je pensais aux romans de SF préhistorique comme ceux de Jean Auel « Les enfants de la terre », c'est une veine qui t'intéresse ?

Oui j'aime bien, je l'ai tout lu. Mais je préfère La guerre du feu de Rosny Aine. Je suis né au monde intellectuel avec La Guerre du feu.

La société de cette époque-là était basée sur rechange et pas sur le commerce, les gens se déplaçaient et partageaient leur savoir.

Ils s'entraidaient et ne pouvaient pas faire autrement. Les gens ne pouvaient pas se payer le luxe de se faire la guerre, ils n'étaient pas assez nombreux. Ils se fédéraient.

Il y a mieux et pire que la SF, as-tu entendu parler de « Second life » Ce monde virtuel où sont maintenant présentes les grandes entreprises, les banques et même l'armée française, et où circule de l'argent qui n'est pas du tout virtuel ?

C'est ni plus ni moins que la schizophrénie mise en valeur. Internet c'est comme la Télé, il ne faut pas se droguer avec, il faut l'utiliser pour faire quelque chose, il ne faut pas l'utiliser pour être perdu dans un rêve. Il y a des fois où je me suis interrogé sur le cinéma et la littérature, parce que ça fournit des substituts de passions violentes, comme le disait Huxley dans Le meilleur des mondes.

Repères bibliographiques

Pierre Marlson
Les compagnons de la Marciliague, ENCRE, l'Utopie tout de suite, 1979.
Désert ! Kesselring, Ici et maintenant, 1979. 1
L'Empire du peuple (en coll. avec Albert HIGON), Albin Michel, Super fiction, 1977.
Hyménophage, Ponte Mirone, Ecrits possibles, 1978
Des métiers d'avenir (anthologie), Ponte Mirone, Espaces mondes, 1979.
Et une vingtaine de nouvelles dans des recueils, comme Présence du futur chez Denoël, ou des revues comme Phénix, SF et quotidien. Fiction, Lard-Frit, etc. Les livres de Pierre Marlson ne sont plus disponibles en librairie mais se trouvent facilement en bibliothèque ou en occasion,

Rosny Ainé, l.a Guerre du feu. Hachette.
Ursula Le Guin, Les Dépossédés, Le Livre de Poche, 2006.
G.-J. Arnaud, La Compagnie des glaces. Fleuve Noir Science fiction

NooSFere est une association qui a pour but de promouvoir la science-fiction de langue française, au travers du site web :
http://www.noosfere.com

Un bon écolo est un écolo mort et composté